Ulcères oesophagiens sur Pradaxa°

Une patiente de 79 ans se plaint de douleurs à l’estomac, de pyrosis, d’odynophagie (douleurs à la déglutition) et d’ulcères buccaux depuis que son infirmière lui écrase ses comprimés et lui ouvre ses gélules afin qu’elle puisse avaler ses médicaments correctement.

Son traitement comprend entre autre du Pradaxa° 150mg 2x/j comme anticoagulant pour une fibrillation auriculaire et du Symbicort° puff pour son asthme.

La gastroscopie montre une oesophagite ulcérée, comme si l’œsophage était brûlé par une substance caustique. Par-dessus les ulcères, une mycose œsophagienne couronne le tout. Un traitement par Pantomed° 40mg 2x/j + Diflucan° 100mg 1x/j + Ciproxine 500mg 2x/j pdt 10 jours est initié.

Analyse du cas clinique :

L’étexilate de dabigatran (Pradaxa°) possède une biodisponibilité orale faible (environ 7%) dont l’absorption est dépendante du pH gastrique. Afin de maintenir une biodisponibilité stable, de l’acide tartrique est ajouté comme excipient afin de garantir un environnement acide au Pradaxa° pour une résorption optimale.

Malheureusement, cet excipient acide cause fréquemment des oesophagites et des dyspespies. Si on ouvre la gélule avant de l’avaler, l’acide tartrique est libérée dans la bouche et peut causer des ulcères buccaux et œsophagiens.De plus, cela peut majorer le risque de saignement.

On conseillera donc aux patients sous Pradaxa° de ne jamais ouvrir, mâcher ou écraser les gélules. Si l’administration est impossible ou si le patient présente une oesophagite sous Pradaxa°, on proposera une substitution vers un autre anticoagulant (Eliquis°, Xarelto°…) vu le risque d’hémorragie digestive.

N’oublions pas que les corticoïdes inhalés majorent le risque de mycoses oro-pharyngées mais également œsophagiennes si le patient ne se rince pas correctement la bouche avec de l’eau après utilisation du puff.

Ne pas avaler l’eau après avoir gargarisé mais bien la recracher !

Nicolas Meunier
Pharmacien clinicien