Hyperthyroïdie sous amiodarone

Une patiente de 92 ans est admise en gériatrie pour relance fonctionnelle après une occlusion intestinale ayant nécessité une chirurgie par laparotomie. Ses antécédents médicaux comportent une fibrillation auriculaire, diagnostiquée il y a un an, traitée par Cordarone° 200mg 1x/j et Xarelto° 20mg 1x/j ainsi qu’un goitre multi nodulaire il y une quinzaine d’années. A l’admission, la patiente présente un léger tremblement, une perte de cheveux, de la sudation et de la nervosité. A la biologie d’admission, on note une TSH abaissée à 0,06 mU/L (0.3-4.2mU/L) et une T4 majorée à 24 pmol/L (12-22pmol/L) .

Un diagnostic d’hyperthyroïdie secondaire à l’amiodarone de type I est retenu. L’amiodarone est immédiatement suspendue et substituée par du bisoprolol 5mg 1x/j pour contrôler la fibrillation auriculaire et la tachycardie secondaire à l’hyperthyroïdie masquée par l’amiodarone. Un antithyroïdien (thiamazol (Strumazol°) 10mg 3x/j) est prescrit avec un contrôle biologique hématologique et hépatique à une et 4 semaines après le traitement.

Revue de médication :

L’amiodarone n’est pas recommandée en première ligne pour traiter une fibrillation auriculaire isolée sans signe d’insuffisance cardiaque : ce sont les bétabloquants, le diltiazem ou le vérapamil en premiers choix(1). Ce traitement ne peut pas être stoppé sans l’avis du cardiologue.

La pré existence d’une pathologie thyroïdienne sous-jacente (goitre) exposait la patiente à un risque plus élevé de développer une hyperthyroïdie sur amiodarone. En effet, un comprimé de Cordarone° contient 7mg d’iode, soit près de 50x les besoins journaliers recommandés. Vu sa longue demi-vie (t1/2) qui peut atteindre jusqu’à 100 jours chez les patients âgés, l’hyperthyroïdie peut se manifester jusqu’à plusieurs années après son introduction ou même de son arrêt (temps d’élimination = 5 x t ½) !

Que faire ? Pensez au dépistage !

Etant donné l’incidence élevée (20%) des dysthyroïdies sous amiodarone (hyperthyroïdies et hypothyroïdies également), un suivi régulier de la fonction thyroïdienne est indiqué. Il est donc recommandé d’effectuer un dépistage systématique d’une dysthyroïdie avant l’introduction de l’amiodarone puis tous les six mois, ainsi qu’en cas de symptômes évocateurs d’une hyperthyroïdie, y compris lors d’une récidive de la fibrillation auriculaire ou d’une perte de poids isolée (2).

En cas de traitement par antithyroïdiens (propylthiouracile ou thiamazol):

  • Suivi de la formule sanguine est nécessaire vu le risque de leucopénie (et rarement d’agranulocytose)—> Prévenir le patient de contacter son médecin traitant en cas de fièvre, de syndrome grippal ou de mal de gorge (reflet d’une atteinte de la lignée blanche).
  • Suivi des enzymes hépatiques et aussi recommandé vu le risque (rare) d’hépatite —> Si douleurs abdominales sévères, diarrhées abondantes et ictère (teint jaune des muqueuses ou de la peau), le patient doit consulter son médecin.

Nicolas Meunier, pharmacien clinicien

1) 2016 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation developed in collaboration with EACTS
2) Amiodarone et thyroïde, Vanessa Maby-Mottet, Diana Ollo, Patrick Meyer, Rev Med Suisse 2012; volume 8. 2175-2180