Endormissements soudains sous lévodopa et agonistes dopaminergiques

Lors d’un entretien pharmaceutique, j’interroge une résidente de maison de repos sur les effets indésirables possible de son traitement. Elle est sous Mirapexin° 0,18mg 3x/j :

« Vous arrive-t-il d’avoir des endormissements soudains ou une fatigue soudaine allant jusqu’à l’endormissement ? »

« Vous savez, quand mes enfants et mes petits enfants viennent me rendre visite, il m’arrive parfois de m’endormir dans le fauteuil en pleine conversation. Ils préfèrent alors me laisser me reposer et partir. Quand je me réveille, ils ne sont plus là…»

J’en parle aux infirmières du service : « Effectivement, ça lui arrive de s’endormir brutalement. En particulier à table en mangeant. Du coup, elle renverse la nourriture sur elle et on doit aller la nettoyer et l’essuyer. On lui met une très grande bavette en prévention vous savez ! »

Voilà comment un médicament utilisé pour un syndrome des jambes sans repos (SJSR) peut altérer la qualité de vie de la patiente : elle s’endort en mangeant et en discutant avec sa famille.

Intervention pharmaceutiques auprès du médecin traitant :

  • Réévaluer la balance bénéfice risque du Mirapexin° prescrit pour un SJSR chez cette patiente qui présente des effets indésirables.
  • Exclure une anémie ferriprive à la biologie (une des premières causes du SJSR) vu le traitement chronique par Asalflow° (aspirine) 80mg 1x/j et Sipralexa° (escitalopram) 10mg 1x/j (majoration du risque d’hémorragies digestives à bas bruit)
  • Réévaluer la durée du traitement antidépresseur par Sipralexa° (sevrage progressif ?) ou envisager une diminution posologique. Les antidépresseurs sont une cause fréquentes de SJSR iatrogène.

Il est important pour le pharmacien d’être pro-actif dans le dépistage d’effets indésirables et en particulier lors du renouvellement d’ordonnances pour les traitements chroniques.

Bien souvent, les effets indésirables ne sont pas assez connus du monde médical et le patient ne fait en général pas le lien entre l’introduction d’un nouveau médicament et d’un symptôme. D’une part, parce que le délai d’apparition varie de quelques heures après la première prise à plusieurs jours voir plusieurs années après. D’autre part, parce que l’effet secondaire n’est souvent pas en lien direct avec le médicament que l’on prend : une statine qui cause des crampes musculaires, un IEC qui donne de la toux, un anticholinergique qui cause une xérostomie ou des antiparkinsoniens qui rendent accros aux jeux d’argent par exemple… .

C’est l’un des rôles fondamentaux du pharmacien : le suivi des soins pharmaceutiques.

Nicolas Meunier, pharmacien clinicien

Extrait des RCPs : Mirapexin°, Sifrol°, Prolopa°, Requip°