IEC + anti-diarrhéique = Angioedème

Une patiente hypertendue de 55 ans vient chercher anti diarrhéique à la pharmacie. Son fils lui avait conseillé le Tiorfix° (racécadotril), un anti sécrétoire, car l’Imodium° (lopéramide) la constipe très fort après quelques prises.

2 jours après la prise de l’anti diarrhéique, la patiente se présente aux urgences car elle manifeste un œdème de la face, des lèvres et du cou qui l’empêche de respirer.

A l’anamnèse, elle mentionne avoir déjà eu un épisode de gonflement de la lèvre supérieure il y a quelques mois mais qui s’était estompé en 2-3 jours. Elle est sous ramipril 5mg 1x/j (Tritace°) depuis un an environ.

Aux urgences, après l’échec des corticoïdes et des antihistaminiques pour réduire l’œdème et l’absence d’urticaire et de prurit, le diagnostic d’angioedeme secondaire au ramipril (un IEC) est posé. L’injection de Firazyr° 30mg (icatibant) a permis de résoudre les symptômes rapidement. Le ramipril est suspendu.

L’angioedeme est un effet indésirable rare (0,1-1% de la population) mais potentiellement grave des patients sous IEC (risque d’asphyxie). Le diagnostic est difficile car le délai d’apparition varie de quelques heures à plusieurs années de traitements. Il peut prendre l’apparence de gonflements à des endroits aléatoires (lèvre, paupière, joues, cou, main, pied, organes génitaux…) sous forme de poussées évoluant parfois spontanément en quelques jours. Parfois, l’angioedeme est digestif et se manifeste par des douleurs abdominales sévères mimant parfois une obstruction intestinale.

Certains médicaments majorent le risque d’angioedeme chez les patients sous IEC et sont à éviter (risque 5x) :

  •  Racécadotril (Tiorfix°) en vente libre : préférer un autre antidiarrhéique (lopéramide, probiotiques, adsorbants…)
  • Les gliptines antidiabétiques : préférer un sartan à un IEC
  • La ciclosporine et le tacrolimus chez les patients greffés : préférer un sartan à un IEC

Le risque d’angioedeme est plus faible avec les sartans mais il y a un risque de réaction croisée avec les IEC de 10% –> en cas d’antécédent d’angioedeme sous IEC, éviter les sartans comme alternative.

Il est possible de dépister l’angiodeme en demandant à vos patients sous IEC :
« Avez-vous parfois des gonflements inexpliqués ou des épisodes de douleurs abdominales sévères se résolvant de façon spontanée en quelques jours ? » Auquel cas il faudra contacter le médecin pour lui prescrire une autre classe d’antihypertenseur.

Nicolas M.
Ph clinicien, Pharmalearny

Image : https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-immunitaires/réactions-allergiques-et-autres-troubles-d’hypersensibilité/angiœdème