Ne négligez pas la xérostomie chez vos patients ! 🤭👅

La xérostomie (sécheresse de bouche) est un effet indésirable fréquent des médicaments. Si elle n’est pas prise en charge, la xérostomie peut entraîner de nombreuses conséquences néfastes pour la qualité de vie et la santé de vos patients :

  • Favorise les aphtes, les caries et les gingivites
  • Diminution de la perception des saveurs et mauvais goût dans la bouche
  • Majoration du risque de dénutrition et de perte de poids chez la personne âgée
  • Difficultés à mâcher et à avaler (risque de fausses routes)
  • Mauvaise haleine et sensation de soif
  • Défauts d’élocution

Que faire ?

Il est donc important de dépister la xérostomie par cette question simple : « Vous arrive-t-il d’avoir la bouche sèche ? Si oui, avez-vous parfois des difficultés à avaler la nourriture ou à articuler ? » lorsque le patient a dans son traitement un ou plusieurs médicaments pouvant la causer.

Quelles molécules sont impliquées ?

  1. Les antidépresseurs tricycliques comme l’amitriptyline ou la clomipramine mais également la paroxétine et la trazodone. Le dépistage d’une xérostomie peut être un moment opportun afin de discuter avec le patient d’un possible sevrage progressif de son antidépresseur (durée de traitement recommandée de 6-12 mois en dehors d’un contexte de dépression récidivante/troubles bipolaires) ?
  2. Les anticholinergiques utilisés en cas d’incontinence urinaire (oxybutinine +++)—> Si le patient présente en plus des troubles cognitifs, de la mémoire et de la constipation, la balance bénéfice risque du médicament est négative —> Discuter avec le médecin de la Balance B/R et envisager un arrêt définitif ? *
  3. Les anticholinergiques intestinaux comme le Buscopan° ou le Spasmomen° utilisés en cas de crampes intestinales —> Ne pas utiliser ces médicaments de façon prolongée vu le risque de constipation qui, à son tour, majore les crampes abdominales initiales —> risque de cercle vicieux !
  4. Les médicaments inhalés en cas d’asthme et de BPCO lorsque le patient ne se rince pas la bouche après utilisation.
  5. Les antihistaminiques de 1ère génération (Atarax°, Fénistil°, R-Calm°…) —> préférer ceux de seconde génération (loratidine, cétirizine)
  6. Les diurétiques en majorant le risque de déshydratation.
  7. La moxonidine (Moxon°) —> N’est pas indiquée en première intention en cas d’HTA vu les effets indésirables nombreux (sédation, constipation, bradycardie, xérostomie..)—> si possible, substitution par une autre classe d’antihypertenseur (IEC/sartan, antagonistes calciques, bétabloquants ou diurétiques) ?
  8. Les médicaments de l’hypertrophie bénigne de la prostate : tamsulosine, silodosine…

Quelques conseils en cas de xérostomie :

  • Vérifier si l’hydratation du patient est suffisante (1-1,5L de liquide/j si pas en restriction hydrique)
  • Humidifier la chambre si sécheresse des muqueuses (bouche et nez) au moment du coucher (linge humide près du radiateur et/ou plante d’intérieur dépolluante dans la chambre)
  • Mastiquer fréquemment des chewing gums/bonbons sans sucre
  • Utiliser un spray à base de salive artificielle

Nicolas Meunier, pharmacien clinicien

Références : 

*Une méta-analyse a évalué l’efficacité des traitements de l’incontinence urinaire chez les personnes âgée ( > 65 ans). Sur les 13 études incluses, 11 concernaient des anticholinergiques (les 2 restantes évaluaient la duloxétine). A part l’oxybutinine (qui n’a pas montré d’effet), les autres anticholinergiques étudiés ont montré une réduction de 0,5 épisode d’incontinence urinaire par jour, ce qui n’est pas un effet cliniquement pertinent.

*Incontinence d’urgence (ou impériosités), https://farmaka.cbip.be/fr/formulaire-p-a/203#main