Quand les probiotiques tuent ! 👾☠️

👾 Une patiente de 66 ans a bénéficié de cinq cycles de chimiothérapie (carboplatine et fluorouracil) pour un cancer gastrique avec gastrectomie totale. En raison d’une progression de la maladie, elle bénéficie d’une alimentation parentérale par un Port-A-Cath. Une chimiothérapie palliative est instaurée (gemcitabine et oxiplatine), ainsi qu’un traitement de corticoïdes systémiques (1 mg/kg de prednisone). Treize jours après le début du traitement, elle présente un état fébrile à 39°C sans source identifiée. De multiples hémocultures centrales et périphériques reviennent positives pour du Saccharomyces boulardii.

👾 Malgré un traitement de fluconazole (400 mg/j i.v.) puis de voriconazole (400 mg/j i.v.), les hémocultures restent positives. L’état de santé de la patiente se dégrade peu à peu et elle décède deux mois après le début de la fongémie.

👾 Comme la patiente ne recevait pas de préparation de Saccharomyces boulardii, l’hypothèse d’une source infectieuse soit endogène, secondaire à une translocation de la flore intestinale, soit exogène, par contamination manuportée d’un traitement probiotique administré à un patient d’une chambre voisine est avancée.

👾 C’est finalement l’hypothèse d’une fongémie d’origine exogène par contamination de l’accès veineux central par manuportage qui a été retenue. En effet, un patient dans la chambre voisine recevait un traitement d’Entérol en sachet, une préparation à base de Saccharomyces boulardii en poudre, pour des diarrhées à Clostridium difficile.

👾 Ce cas met en exergue la contagiosité des probiotiques et leur résistance au traitement. En effet, cette levure décrite comme très résistante peut survivre deux heures à l’air libre ainsi qu’à une désinfection vigoureuse des main.

👾 Il est donc utile de rappeler que la contre-indication formelle aux probiotiques est l’immunosuppression !

👾 Les patients cancéreux et sous immunosuppresseurs ne devraient pas recevoir ce traitement antidiarrhéique qui pourrait leur être fatal. C’est la raison pour laquelle vous ne verrez pas de probiotiques dans les services d’hémato-oncologies et de soins intensifs.

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Nicolas Meunier
Pharmacien clinicien

Probiotiques : efficacité et dangerosité, Rev Med Suisse 2007; volume 3. 32635 C. Graf F. P. Sarasin