Spironolactone et effets hormonaux fréquents et mal connus

Lors d’une discussion avant une réunion, une infirmière se confie : « Mon mari (d’une cinquantaine d’années), au lieu de prendre du ventre en vieillissant, il prend des seins et ça le dérange énormément » !

Comme beaucoup de médicaments peuvent causer une gynécomastie (un développement excessif des glandes mammaires chez l’homme) par différents mécanismes, je ne peux m’empêcher de lui demander s’il prend des médicaments…

« Il n’en prend que deux pour sa tension : Fludex° (indapamide) 2,5mg 1x/j et Aldactone° (spironolactone) 50mg 1x/j »

En plein dans le mille ! La spironolactone possède des propriétés anti-androgéniques et des effets indésirables qui sont peu connus : elle cause 10% de gynécomastie à une dose de 25mg/j et pratiquement chez tous les patients à 100mg/j. Je lui explique cela.

Après la réunion, elle vient me trouver et me demande si les effets anti-androgéniques peuvent aussi causer une baisse de libido et des troubles de l’érection… je lui confirme que des patients sous spironolactone en présentent fréquemment ! Elle pensait que c’était lié à l’âge… Chez les femmes, l’effet anti-androgénique peut s’exprimer par une aménorrhée et une sécheresse vaginale. Je la rassure en lui disant que tous ces effets indésirables sont réversibles à l’arrêt du traitement.

Plusieurs semaines plus tard, je la recroise avec un grand sourire et elle me dit : « l’Aldactone° a été stoppée, la poitrine de mon mari est entrain de diminuer et… je pense souvent à toi la nuit maintenant ! Heureuse de m’être confiée à toi ! »

Analyse du cas :

Dans ce cas-ci, l’Aldactone° est prescrit pour ses propriétés hyperkaliémiantes. En effet, la spironolactone est souvent associée aux diurétiques lorsqu’ils causent une hypokaliémie. Or, cela correspond à une cascade médicamenteuse et est donc à éviter. Chez ce patient qui a une HTA isolée et qui a présenté une hypokaliémie, il était préférable de substituer l’indapamide par une autre classe antihypertensive plutôt que d’ajouter l’Aldactone° (bétabloquants, antagonistes calciques ou IEC/sartans avec une préférence pour ces derniers vu leurs propriétés hyperkaliémiantes).

Si le diurétique devait être maintenu, un suivi de la kaliémie, une diminution de la consommation en sel (qui majore l’hypokaliémie) et une supplémentation orale en potassium sont nécessaires. Il existe des médicaments sous forme d’ampoules buvables (Stéropotassium°) ou sous forme de sirop (Ultra-K°). Des compléments alimentaires sous forme de comprimés existent également pour favoriser l’observance thérapeutique en cas d’hypokaliémie chronique. Ces suppléments en potassium sont contre-indiqués en association avec la ciclosporine, le tacrolimus, les IEC/sartans et la spironolactone. Ils peuvent causer des troubles digestifs.

A retenir :

La spironolactone n’est pas indiquée en cas d’HTA bénigne ni en cas d’hypokaliémie. Elle est indiquée en cas d’insuffisance cardiaque, de cirrhose et d’HTA réfractaire. Il est important de dépister les effets anti-androgéniques (gynécomastie, troubles de l’érection, aménorrhée, sécheresse vaginale)

Remarque :

Chez les patients sous diurétiques thiazidiques, une hypokaliémie chronique est associée à une fréquence plus élevée de diabète –> il est important de viser une kaliémie > à 4mmol/L

Nicolas Meunier, pharmacien clinicien

Références :

Evaluation et prise en charge d’une gynécomastie, Patrick Meyer, Rev Med Suisse 2009; volume 5. 783-787

Thiazide diuretics, potassium, and the development of diabetes a quantitative Review. Alan J et al., Hypertension. 2006;48;219-224